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Un bombardier de la Seconde Guerre mondiale dans les nuages, dessin noir et rouge
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Nous dansions sur notre propre destruction

D’Enola Gay à Snowden, les signaux étaient là depuis quarante ans. Comment nous avons livré nous-mêmes les outils qui nous contrôlent.

1980, Enola Gay par OMD. On dansait dessus sans savoir. Enola Gay, c’est le nom de l’avion qui a largué la bombe sur Hiroshima. L’électro nous prévenait déjà : nous dansions sur notre propre destruction par la technologie.

Au même moment la fantasy renaît et met en scène l’opposition entre ancien et nouveau mondes. La nostalgie d’une époque idéalisée. Une critique de la perte de spiritualité face à la rationalité envahissante. Les signaux sont là depuis longtemps. Metropolis, 1984, Soleil vert, des lanceurs d’alerte avant l’heure. Nous les avons ignorés.

Nous voulions croire qu’une technologie est agnostique. Que son usage ne dépend que de celui qui la manipule. Pas du contexte. Short Circuit, en 86, parle du robot militaire qui change sa programmation pour créer un monde de paix. La technologie allait nous sauver. Ce serait facile. Les robots feraient le job.

« Don’t be evil » était la devise des fondateurs de Google. Les geeks prenaient le pouvoir. Tels de preux chevaliers, ils avaient un sens de l’éthique et des valeurs. Google, les gentils vs Microsoft. Ils allaient démocratiser la connaissance. Un champ de recherche, une interface épurée, des résultats pertinents. Et nous avons plongé.

Pendant qu’on s’extasiait devant l’écosystème Google, ils prenaient des notes. Chaque requête révèle une intention, une curiosité, une peur. Un morceau de nous revendu au plus offrant. Chaque itinéraire signale un déplacement, chaque vidéo une préférence, une faille à exploiter.

Google n’a pas conquis Internet par la force. Il a conquis Internet en nous facilitant la vie en nous donnant des outils gratuits, puis il nous a observés les utiliser. Tel Faust, nous avons signé les yeux fermés. En 99, Matrix nous prévenait avec son monde de machines où l’humain est une ressource. Le film était cool. C’était un documentaire.

En 2013, Snowden confirme ce que nous soupçonnions : la surveillance n’est pas un bug, c’est une fonctionnalité. Le village global est devenu un panoptique planétaire où tous collaborent. « Don’t be evil » est mort depuis longtemps. Allumer son smartphone revient à activer une balise de surveillance.

Le contrôle n’est pas imposé brutalement, comme dans les totalitarismes du XXe. Il s’insinue dans nos réseaux, nos accessoires. Il nous séduit par une promesse de confort et de facilité. Les montres connectées surveillent notre pouls « pour notre santé », les caméras gèrent « pour notre sécurité » et Netflix nos contenus « pour notre plaisir ».

Nous avons nous-mêmes livré les outils qui nous contrôlent. Les mythes des années 80 promettaient des machines au service de l’humanité. Des robots plus humains que nous. Des technologies qui libèrent. La réalité ? Nous sommes devenus les serviteurs d’un ordre numérique.

Ce qui se joue ici n’est pas une chute. Nous ne vivons pas l’effondrement de Babel. C’est plus triste que ça. C’est une trahison. Nous avons le nez dans le guidon et dévalons à toute vitesse la pente de l’humanité.

Il est temps de se réveiller.