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Un enfant à l’écharpe jaune, seul face au soleil couchant dans le désert
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Là où la parole relie le monde à l’infini

Une phrase de Ça, lue à quinze ans, et Baudelaire qui fait de l’or avec la boue : ce que la parole relie encore quand tout est ténèbres.

Dimanche, une citation, un extrait littéraire marquant.

Il faut que la parole les ramène à cela, à ce lien humain essentiel entre le monde et l’infini, à ce seul point de rencontre entre le flot sanguin et l’éternité.

Ce qui importe, c’est l’amour et le désir.

Cet endroit, dans les ténèbres, convient aussi bien que n’importe quel autre. Mieux, peut-être…

Stephen King, Ça.

Je trébuche sur cette phrase à 15 ans. Plongé dans l’horreur de la ville de Derry, sous la ville, perdu dans les dédales des égouts, à bout de force, cette phrase surgit pour trouver une porte de sortie.

Et au-delà du roman, elle rappelle que nous sommes dans une transmission orale, que nous sommes des êtres d’échanges, et que la communication est le moyen de nous retrouver entre humains.

Le verbe qui dans certaines religions est l’alliance entre le sacré et le profane, entre dieu et les humains ; cette phrase nous rappelle que le mot peut nous transcender.

« Abracadabra », « Je vous écoute », que vous soyez dans les rues de Bagdad ou à la porte d’un cabinet parisien, magicien ou psy, on sait que la parole nous transforme, nous bouge sans savoir jusqu’où elle peut nous mener.

Entre le monde et l’infini, entre la matière et la pensée, entre le flot sanguin (la vie) et l’éternité (la mort).

Entre les deux, entre ces tensions, dans tout ce qui bouge, l’essentiel (« est invisible à nos yeux ») c’est l’amour.

C’est ce qui nous unit entre êtres humains. Ce qui importe au-delà de tout. Et même dans les malheurs, dans l’obscurité c’est la solution.

« Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or », écrivait Baudelaire.

Dans un siècle de tensions et de révolutions, il extrayait la beauté de la boue du monde. Stephen King et Baudelaire ont les pieds dans la crasse de l’humanité.

Ils descendent dans l’obscurité de l’âme humaine, et au cœur de l’ombre ils travaillent à en trouver le sens. D’un geste de la plume, d’un mot ils habitent la souffrance pour en dégager une forme de beauté.

C’est aussi ce que vivent les enfants dans Ça. Le Club des Ratés. Ces déclassés, ces intouchables, ces invisibles. Le monstre n’est pas l’essentiel ou le centre de l’entre-deux. Le centre c’est la transformation.

Dans les ténèbres, ils trouvent une voie. Même dans la boue, il existe encore un endroit où la parole relie le monde à l’infini. Et c’est notre humanité.