Essai à paraître. Que reste-t-il de vivant quand des systèmes peuvent écrire, raisonner et décider à notre place ? Une troisième voie entre techno-béatitude et catastrophisme.
Le livre
L'intelligence artificielle ne nous pose pas d'abord une question technique, mais une question d'humanité : que reste-t-il de vivant quand des systèmes peuvent écrire, raisonner, créer et décider à notre place ? Au lieu de céder à la techno-béatitude ou au catastrophisme, ce livre propose une autre voie — comprendre ce qui est irréductiblement humain, et le revendiquer.
IA : une odyssée humaine ne se limite pas à l'IA générative. Il remonte le fantasme du robot depuis Héphaïstos et le syndrome de Frankenstein jusqu'au monologue final de Blade Runner, traverse Timothy Leary, le manifeste cyborg de Donna Haraway, la conférence de Dartmouth de 1956, les neurosciences et la phénoménologie, pour raconter la montée de Numericus, l'« espèce numérique » née des algorithmes et des réseaux.
En croisant géopolitique du numérique (GAFAM, souveraineté), neurosciences (Damásio, Kahneman, Gigerenzer), philosophie (Kant, Sartre, Zuboff) et mythes contemporains (Matrix, Le Seigneur des Anneaux, Je suis une légende, Game of Thrones), l'essai explore une question simple : comment cohabiter avec Numericus sans nous dissoudre en elle, comment faire de cette présence une force plutôt qu'une dépendance ?
La clé se trouve dans le chaos du vivant, cette variabilité humaine qu'aucun algorithme ne peut capturer. La dernière partie ouvre sur des pistes d'action concrètes : reprendre les outils, cultiver le sens, réinvestir le corps, les liens, le sacré et le chaos créatif pour rester des êtres vivants dans un monde de machines.
Ce livre n'est pas un manifeste anti-tech : c'est une odyssée pour ceux qui veulent comprendre, pas pour ceux qui veulent simplement avoir peur.
La table des matières
Sept mouvements, quatorze chapitres. Chacun porte le titre d'une chanson : le livre se lit autant qu'il s'écoute.
Avant-propos
Prélude
New Life — Les illusions perdues. Le rêve utopique des années 1980, le basculement des années 2000, réapprendre à vivre avec l'ambivalence technologique.
Le diagnostic
Destination Unknown — Les mots du voyage. Les définitions : l'IA, Numericus, l'humain, le chaos.
Computer World — Une brève histoire de l'IA. Singularité, paradoxe de la créativité.
Everybody Wants to Rule the World — Le monde invisible. Économie des superstars, gouvernance de la donnée, biais et fragilités.
Le pouvoir
Technologic — Infrastructures et domination. Concentration du pouvoir, capitalisme de surveillance, souveraineté numérique, féodalités numériques, dictature des non-élus.
The Man Machine — Le fantasme du transhumaniste. Humain augmenté, guerre des intelligences.
Le vivant
All Is Full of Love — Quand les frontières se dissolvent. Hybridation, anthropologie, redéfinition de l'humain.
It's Only Mystery — Ce qui nous rend unique. Cerveau vivant, heuristiques, conscience phénoménale, corps comme interface, authenticité.
Le sacré
Break On Through — Franchir le seuil. Le sacré, les héritages, les rituels de passage.
Monkey Gone to Heaven — Mythes et récits de la transformation. Tolkien, Matrix, Je suis une légende, Game of Thrones et les Stark.
Le chaos
Heaven Knows — Face à l'abîme du chaos. Utopies récupérées, face sombre du chaos, ordre totalitaire.
The Winner Is — La voie du chaos. Boucle vertueuse, revenir à l'être.
L'ouverture
Good Morning Starshine — Les chemins du vivant numérique. Loi de la jungle alternative, numérique convivial, IA domestiques, économie du soin, adopter Numericus, le temps long.
Gigantic — Fin de l'odyssée.
Les illustrations sonores
Quatorze QR codes imprimés dans le livre ouvrent chacun la vidéo officielle du morceau qui donne son titre au chapitre. La liste complète des trente morceaux, dans l'ordre de lecture, se trouve sur la page Illustrations sonores.
Où en est le livre
Le manuscrit est abouti : environ 180 à 200 pages, plusieurs relectures expertes — sur les mythes et sur l'histoire de l'IA — et une correction professionnelle.
Il est accepté chez ***, et aujourd'hui en production : maquette InDesign en cours, illustration signée Audrey Lucido. Le nom de l'éditeur sera annoncé ici une fois le contrat signé.
La date de parution sera annoncée ici dès qu'elle sera arrêtée.
Extrait
Prélude — New Life. Les illusions perdues.
Je viens des années 1980, cette décennie qui a vu émerger les ordinateurs personnels, les jeux vidéo, la new wave et plus tard la techno. Welcome to a New Life. Les séries, les films annonçaient l'avènement de l'ère numérique comme une réalité inéluctable. La fusion du physique et du digital dans Tron était prometteuse, notre intelligence allait être décuplée grâce à D.A.R.Y.L., l'intelligence artificielle arrivait à grands pas dans WarGames, mais emplie d'amour et de poésie dans Electric Dreams ou Blade Runner, quand le robot Roy Batty révèle son humanité :
J'ai vu des choses que vous, humains, ne pourriez croire… Des navires de guerre en feu, surgissant de l'épaule d'Orion… J'ai regardé des rayons C briller dans l'obscurité, près de la porte de Tannhäuser… Tous ces moments se perdront dans le temps… comme… les larmes dans la pluie… Il est temps de mourir.
La science-fiction française n'était pas à la traîne non plus. L'écrivain Bernard Lenteric sortait, en 1981, La nuit des enfants rois, un roman dans lequel un informaticien confiait ses secrets et ses blessures à Fozzy, le grand ordinateur central qu'il avait développé au fin fond des Rocheuses. Une intelligence artificielle faisant preuve d'empathie, avec qui il pouvait converser et surmonter ses problèmes d'interactions sociales.
C'est cette frontière trouble qui nous obsède. Qu'est-ce qui fait de nous un être humain : nos souvenirs ? nos émotions ? nos ressentis ? Dans le film Blade Runner, les replicants, qui sont des répliques d'êtres humains, sont des créatures artificielles dotées de souvenirs implantés. L'idée maîtresse est déjà présente : ce sont ces souvenirs qui leur confèrent une profondeur, une intériorité. Quand l'humanoïde Roy Batty s'éteint, ses larmes dans la pluie diluent ce qui nous sépare de la machine. Le film pose la question : qu'est-ce qui nous rend vraiment vivants ? Et vu du XXIe siècle, il soulève également celle de l'intelligence elle-même. À une époque où l'on rêvait de fusion tandis que le numérique se répandait comme un virus, transmutant notre monde pour entrer dans la phygitalisation.
Aujourd'hui les mégacorporations dominent nos vies, effaçant les frontières entre pouvoir économique et politique. Les marginaux ou replicants d'hier tentent de préserver une forme d'humanité. Entre les films des années 1980 et notre réalité, il y a brusquement des ressemblances.
Illustrations






