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Surhumaine ne signifie pas vivante

Kurzweil pariait sur 2029, Altman espérait 2025. On est en 2026 : où en est la singularité, et pourquoi une intelligence surhumaine ne serait toujours pas vivante.

La singularité. Ray Kurzweil (Google) pariait sur 2029. Sam Altman (OpenAI) espérait l’AGI dès 2025. On est en 2026. Alors ?

La singularité désigne ce point où l’IA s’auto-améliore sans intervention humaine, surpassant nos capacités cognitives. Un marqueur : le jour où elle se corrigera elle-même, optimisera ses algorithmes sans nous.

On n’y est pas encore. Aujourd’hui, l’IA dépend encore de nous pour progresser. En radiologie, pour obtenir des résultats excellents, il a fallu du temps et de multiples experts humains pour corriger ses erreurs. Sans ce réglage fin, même avec ses réseaux de neurones, l’IA reste limitée.

Elle simule, elle calcule, elle prédit. Mais elle ne comprend pas ses propres limites. C’est nous qui les identifions.

L’IA excelle sur un terrain précis : traiter ultra-rapidement des volumes gigantesques de données avec des algorithmes qu’elle connaît déjà. Sa force ? La vitesse et l’échelle. Sa faiblesse ? Elle reste dans une boucle « fermée » qui, sans intervention humaine pour la relancer ou la réorienter, finit par s’éteindre.

Mais les signaux d’évolution s’accumulent :

  • Yann LeCun (Meta) propose de dépasser les LLM génératifs avec une IA qui ne génère plus du contenu mais construit des modèles du monde pour mieux le prédire. Ce n’est plus produire du texte cohérent. C’est modéliser la réalité.
  • L’inter-référence : les IA commencent à s’entraîner entre elles, à se corriger mutuellement. Les boucles de feedback se complexifient.
  • Moltbook : un réseau social où l’IA génère et optimise en continu contenus et interactions.

Mais même avec ces avancées, une question demeure.

Vladimir Propp et Joseph Campbell nous ont montré qu’en littérature, nous disposons d’un nombre limité de structures narratives. Le voyage du héros, la quête, la transformation. Nous combinons des patterns existants pour créer nos histoires.

Exactement comme l’IA.

Alors pourquoi serions-nous plus créatifs ? L’IA peut générer du « style cubiste » en analysant Picasso et Braque. Elle peut produire des variations infinies. Mais peut-elle inventer le cubisme ?

Non. Parce que le cubisme n’émerge pas d’une combinaison optimisée de styles antérieurs.

Il émerge d’un monde fracturé : Freud, Verdun, la crise de la représentation. Il est incarné dans un contexte historique violent, du trauma d’artistes.

De la même manière, Fleming découvre la pénicilline par contamination de ses cultures. La sérendipité, l’accident heureux qui ouvre un champ nouveau, l’IA peut-elle le produire ?

L’IA ne vit pas, ne joue pas sa peau dans le jeu, elle singe l’humanité sans la vivre.

Alors si nous nous approchons de systèmes qui dépasseront nos capacités sur presque tous les terrains cognitifs. La vitesse de calcul, le volume de données traitées, la précision des prédictions. Si la singularité technologique promet une intelligence surhumaine, elle n’est pas vivante.

Surhumaine ne signifie pas vivante. La course continue. Mais vers quelle destination ?