J’ai pleuré en écoutant Miley Cyrus (alors qu’elle chante Boys don’t cry)
Une reprise de Boys don’t cry rouvre une peur d’enfance. Le vampire, la fuite dans les rêves, et ce que le fantastique a construit chez les garçons.
En vérité, je pleure facilement, je sens mon œil gauche s’humidifier et puis l’eau afflue par la périphérie, une rivière se forme sur les bords, rejoint l’extrémité de l’œil, et j’esquisse alors un geste discret de la main pour assécher le bord de la rivière.
Cette reprise de Miley Cyrus m’a percuté : Boys don’t cry, elle m’a renvoyé dans les terres désolées du passé. C’est étrange car rien n’est figé, le temps file entre les mains, une émotion remonte, j’ai quinze ans, je crois me souvenir de qui j’étais et quand je vais trouver le mot pour décrire cette émotion, la sensation dilue les mots et je me retrouve perdu devant le lit de la rivière, sans trop savoir pourquoi, misjudged the limit. Je me souviens de cette époque et j’ai de l’enfance gardé une peur intense, cachée, tapie au fond d’une cave, au bout d’un couloir derrière la porte. Il y a toujours eu ce monstre qui vient dans mes rêves, il m’a poussé à éveiller ma conscience, à contrôler mes rêves pour pouvoir fuir. J’ai souvent esquivé pour passer entre les gouttes, passé maître de l’évitement.
À l’ère de la déconstruction masculine, je m’interroge sur la manière dont ce genre m’a construit. J’ai peur, push you to fare, le genre fantastique est-il ce moyen pervers de tout éprouver dans le sang et la chair, un moyen de satisfaire ses sombres pulsions sous couvert de fiction ?
Dans mon cas, le vampire a jalonné ma vie, comme une menace dressée au-dessus de moi. Je n’ai eu de cesse d’avoir peur, obligé j’étais d’allumer sans cesse des lumières pour masquer l’effroi des ténèbres. Le vampire ne se contente pas de séduire, il prend, se nourrit de l’autre, sans jamais être inquiété, sans jamais demander. Nous, garçons fascinés par ces récits, avons-nous fini par penser que ce droit nous revenait aussi ?
J’ai passé mon adolescence en tension, déambulant dans mes rêves, aux aguets, à repérer les escaliers, les portes et les caves. C’était innocent, mais usant de devoir sans cesse fuir et finalement stopper le rêve : on se réveille d’un coup, sec, froidement dans le silence de la chambre, à la lumière d’un abat-jour, en vérifiant qu’une patte griffue ne se glisse pas lentement dans la pièce.
Il est temps de se réveiller, time to wake up.
Aujourd’hui, à replonger au fond de moi, lesté de plomb pour aller voir au tréfond, je suis retombé sur lui. Je pensais avoir dompté cette peur. Ce travail d’introspection m’a poussé à m’interroger sur ce monstre. Est-il encore avec moi, en moi, dompté, docile et fidèle. Suis-je prêt à l’accueillir.
Je me demande si je vais pouvoir ouvrir la porte du placard, attraper le monstre par la main et lui claquer deux bises. Maybe I’ve been too unkind, il n’est qu’un monstre que pour celui qui le voit ainsi. Je devrais peut-être commencer à me regarder dans le miroir pour apprendre à apprécier mon ennemi. On pourrait se sourire. On ne pleurerait pas. Boys don’t cry.